Annexes

ANNEXES

ANNEXE 1 - IMPACT ENVIRONNEMENTAL DE BURNING MAN SUR LA PLAYA . 312 ANNEXE 2 - PLAYA RESTORATION : CARTOGRAPHIE DES ZONES DE DÉCHETS (MOOP MAP) ET INSPECTION FÉDÉRALE DU BUREAU OF LAND MANAGEMENT (BLM INSPECTION) .............................................................................................................. 320 ANNEXE 3 - HISTORICITÉ DE BURNING MAN (1992-1998) ........................................ 330 ANNEXE 4 - LES 12 CHAOTIC PRINCIPLES DE GARY WARNE (SUICIDE CLUB, 1977) : SOURCE D’INSPIRATION DES 10 PRINCIPES DE BURNING MAN ............... 336

ANNEXE 1 - IMPACT ENVIRONNEMENTAL DE BURNING MAN SUR LA PLAYA

1. L’impact de la cartographie de la ville sur la playa à long terme

L’impact de Black Rock City sur la playa à long terme est indéniable. Pour essayer de minimiser cet impact, la cartographie de la ville a été déplacée de quelques centaines de mètres, à plusieurs reprises dans le cadre des essais menés par le département DPW Playa Restoration, sous la direction de son manager DA (Figure A.1.1). Coyote explique :

« Pendant des années, nous pensions qu'en déplaçant la ville d'un demi-mile (0,8 km) ou d'un quart de mile (0,4 km) chaque année, cela éviterait la superposition des traces laissées par la ville sur la playa » (entretien, 2016). Cependant, cela a conduit à certains problèmes, tels que la multiplication des zones de brûlage, créant plus de cicatrices sur la playa, appelées burnscars. En réponse, il a été décidé de maintenir la ville au même emplacement pendant cinq années consécutives pour observer les effets de cette nouvelle stratégie. Cette stratégie de positionnement fixe a soulevé des préoccupations concernant l’usure des routes. Coyote précise : « Ils s’inquiétaient du fait que les routes commençaient à s’user. Mais nous avons constaté que les hivers humides permettaient aux routes de se régénérer d’elles-mêmes. Ce n’était pas aussi préoccupant que les nombreuses cicatrices de brûlures sur toute la playa » (entretien, 2016). La particularité géologique du Black Rock Desert (infra) fait que le sable sédimenteux « recrache » des éléments enfouis des années précédentes. Cela a également influencé la décision de maintenir le positionnement de la cartographie fixe : « La playa a une caractéristique unique : elle est plus lourde que les métaux qu’elle contient, ce qui fait que les métaux remontent à la surface avec le temps. Quelque chose qui avait été enterré l’année précédente commence à ressortir au bout d’un moment. Elle “recrache” en quelque sorte les métaux. C’est pourquoi, vous verrez parfois un morceau de T-Stake dépasser là où se trouvait autrefois une route » (Coyote, entretien, 2016). Le positionnement de Black Rock City est ainsi réajusté chaque année en fonction des observations directes faites sur le terrain afin de minimiser au mieux son impact environnemental notamment celui des zones brûlées (burn scars) et des éléments enfouis recrachés annuellement.

1. Les essais de changements de localisation de Black Rock City, de manière à minimiser son impact à long terme sur la playa.
Figure A.1. 1. Les essais de changements de localisation de Black Rock City, de manière à minimiser son impact à long terme sur la playa. Source : Document BLM Burning Man Post-event Inspection, 2013.

Particularité géologique du Black Rock Desert

Le Black Rock Desert s'étend au nord-est de Gerlach, à une altitude de 1190 m sur une surface de 2330 km2, soit 4 fois la surface du lac Léman (Figure A.1.2). C'est l'un des bassins les plus plans de la Terre. Au Pléistocène (entre 129 000 et 11 700 ans) ce fut le lit d'un bras du lac Lahontan, d'une profondeur faible, une centaine de mètres. Des sédiments appelés évaporites y furent déposés après évaporation de l'eau. Ils sont essentiellement des grains fins silicatés de limon (silt) et d'argile (clay), mélangés à des sels (chlorure de sodium) et à du gypse

(sulfate de calcium). Au nord de Gerlach, à la base de la montagne de granite (granite range) se trouve une zone d'activité hydrothermale appelée « the Great Boiling Spring » (le Grand Jet d'Eau Bouillante), d'où l'eau jaillit à la température de 93 °C (De Courten & Biggar, 2017).

2. Le Black Rock Desert et ses environs.
Figure A.1. 2. Le Black Rock Desert et ses environs. Source : De Courten & Biggar, Roadside Geology of Nevada, 2017.

2. Le nettoyage des routes (Highway Cleanup)

Le highway cleanup est l'une des missions du DPW les plus visibles de l’extérieur, que ce soit pour les habitants locaux, les curieux tout comme les réfractaires à Burning Man. Ces derniers ne manquent pas de poster du contenu critique sur TikTok240. Cette activité consiste à nettoyer les routes avoisinant Black Rock City, afin de s'assurer que les déchets ou débris tombés des voitures des participants soient bien récupérés. Sansa, la manager de Highway Cleanup en 2016, explique son travail :

« Je dirige une équipe d’environ trois camions avec 12 personnes, y compris moi. Nous parcourons les routes et ramassons les déchets. Il y a des semi-remorques qui passent à toute vitesse à côté de nous. Toutes sortes de dangers biologiques, du verre cassé, et même des excréments humains... C'est vraiment beurk » (entretien, 2016). Ayant pu participer moi-même au highway cleanup en 2016 et 2017, je confirme qu’effectivement, nous avons ramassé beaucoup de choses diverses aux abords des routes, allant des bouts de carton à des préservatifs usagés. Heureusement, nous avions des gants et des pinces spéciales, afin d’éviter de nous baisser ou de toucher directement les déchets. Ces pinces sont appelées moop sticks. Le mot est construit sur la base du terme vernaculaire propre à Burning Man : MOOP signifiant Matter Out of Place241. Parallèlement, sur la playa, les équipes de TSA (Transfer Station Authority) s’affairent à la gestion des déchets abandonnés sur le site lui-même par certains burners malveillants. Bien que rares, certains laissent ce que l’on appelle des trash tents, des tentes encore montées contenant toutes leurs poubelles. C’est une pratique relativement courante dans des festivals dits commerciaux aux États-Unis tels que le très connu Coachella. Le département Highway Cleanup a commencé de manière très modeste comme une simple activité de nettoyage, en marge de la déconstruction générale du site. Puis il a rapidement évolué en un département dédié à cette activité. Dace, un vétéran du DPW, raconte sa première participation en 2003, lorsqu'il est resté après Burning Man pour aider au nettoyage. À cette époque, les membres du DPW étaient peu nombreux, quelques dizaines, et le travail était réalisé avec des moyens limités, souvent dans des véhicules personnels : « C'était en 2003. Taz gérait le Highway cleanup avec un ancien bus scolaire réaménagé. À l'époque, il n'y avait qu'une seule équipe, ils en ont plusieurs maintenant. Nous parcourions les routes dans ce bus et ramassions les déchets sur des kilomètres dans toutes les directions. […] Nous avons commencé à nettoyer les routes principales, comme la 447, puis nous avons étendu notre champ d'action à d'autres routes comme la 80 et la 446 » (entretien, 2016). Aujourd'hui, le nettoyage des autoroutes avoisinantes couvre près de 320 km (200 miles) et l'opération est beaucoup plus structurée, avec plusieurs petites équipes dédiées à cette tâche, dispatchées sur plusieurs localisations. Le maintien de relations cordiales avec les communautés locales constitue un autre enjeu du highway cleanup. La perception des burners et leur réputation auprès des habitants locaux représentent une préoccupation majeure pour l’organisation de Burning Man. Un regard

souvent hostile s’est historiquement forgé en raison de comportements jugés déplacés par certains participants 242. C’est ce qui explique que de nombreux habitants attendent avec impatience la fin de Burning Man, comme le souligne leur expression courante : « Is it October yet? ». L'équipe de Highway Cleanup s'efforce de laisser les routes aussi propres que possible. Néanmoins, il reste toujours des déchets, comme en témoigne Fi, un Français qui s’est installé à Gerlach de façon permanente après avoir travaillé pour DPW pour la première fois en 2013. Il fait partie de l’association Stewards of Black Rock Desert et il effectue régulièrement des collectes de déchets en solitaire le long des routes. Dace témoigne de cette tension avec les locaux :

« Pendant une à trois semaines, cela représente une grande pression sur les petites et tranquilles communautés locales ; leur infrastructure n'est tout simplement pas conçue pour accueillir autant de trafic routier. En général, je pense que les habitants apprécient l'événement, ne serait-ce que pour l'argent qu'il apporte dans leurs communautés, mais il y a toujours des réticences. Certains locaux saisissent toutes les occasions pour se plaindre : "Regardez ce que vous faites à l'autoroute ! C'est un désordre terrible !" Un jour ou deux plus tard, nous nettoyons tout et disons : "Regardez, maintenant c'est propre." Il y a des gens qui préféreraient que l'événement n'ait pas lieu du tout, comme s'ils avaient un problème moral avec une bande de hippies dans le désert ou autre. L'une des seules plaintes légitimes qu'ils peuvent formuler est que nous laissons du désordre. Le grand objectif du highway cleanup était qu'après deux semaines, ces personnes n'aient plus rien à nous reprocher » (entretien, 2016). Nettoyer les autoroutes n'est pas sans risques. Les équipes doivent souvent travailler dans des conditions difficiles, avec des semi-remorques et d'autres véhicules passant à grande vitesse à proximité. Un témoignage de Sansa, la manager du groupe qui s’est appelé les Litterati en 2016, raconte une expérience terrifiante où l'une de ses collègues a évité de justesse d'être percutée par une voiture : « Elle n'était qu'à quelques mètres de perdre la vie » (entretien, 2016). Elle insiste sur l'importance des mesures de sécurité, comme le port obligatoire du gilet jaune de haute visibilité, qui, aux États-Unis, est orange et jaune (Figure A.1.4). Au fil des ans, plusieurs initiatives ont été essayées pour réduire le nombre de déchets laissés sur les bords de route. Par exemple, à partir de 2016, des affichettes spéciales intitulées « Leave Nevada Beautiful » (Figure A.1.3) ont été ajoutées aux documents de bienvenue distribués aux burners à l’entrée. Ces affichettes indiquaient les endroits où ils pouvaient déposer leurs déchets, ce qui a contribué à réduire leur quantité sur les routes.

3. Recto verso des affichettes 2018 : « Leave Nevada Beautiful » indiquant les différentes localisations avoisinantes accueillant des déchets. Figure A.1.4. Le
Figure A.1. 3. Recto verso des affichettes 2018 : « Leave Nevada Beautiful » indiquant les différentes localisations avoisinantes accueillant des déchets. Figure A.1.4. Le Litterati Crew de Highway Cleanup 2016, en pleine opération de nettoyage des abords des routes. Photos : F. Muguet, 2016.
5. L’écusson de l’équipe de Highway Cleanup : les Litterati en 2016.
Figure A.1. 5. L’écusson de l’équipe de Highway Cleanup : les Litterati en 2016.

3. La gestion des déchets243 durant le Strike

Au cours de la période du Strike, chaque département suit un agenda spécifique de travail lié à la déconstruction de l’infrastructure de la ville. En parallèle, la gestion des déchets sur la playa constitue aussi un énorme travail pour le département TSA, impliquant plusieurs équipes (TSA, TSA Compound, TSA Commissary). Le travail de ce département est particulièrement visible à ce moment du Strike, où il s’agit de vider et de nettoyer l’espace de la playa. Le TSA s'occupe uniquement des ordures générées par le personnel de Burning Man et les activités de Burning Man. La station principale de tri se trouve sur la playa. Des membres du DPW y travaillent en triant les déchets et en gérant leur accueil tout au long de la journée (Figure A.1.6). Les burners sont obligés de rapporter leurs déchets chez eux, selon la politique dite de « Pack it in, pack it out ». Il y a néanmoins des déchets qui sont laissés sur place par les burners, mais Travels, membre du TSA, reste enthousiaste, en comparaison avec d’autres festivals :

« À Burning Man, à la fin de la semaine de l'événement, nous ramassons tous les déchets laissés par les participants, et cette année, nous avons rempli, je dirais, trois bennes de 40 m³ (environ 40 cubic yards). Trois. Pour 70 000 personnes sur huit jours. À [un autre festival], nous avons rempli treize bennes de 40 m³ (environ 40 cubic yards) après trois jours pour 5 000 personnes. C'était énorme » (entretien, 2016). Karla évoque la complexité de la gestion des déchets sur tous les différents sites concernés : « Nous travaillons à trois endroits différents. Vous avez les propriétés de Gerlach, qui sont comme des propriétés de Burning Man, où nous travaillons avant l'événement. Vous avez Black Rock Station, qui est le Ranch, avec les différentes équipes qui y travaillent. Et puis, il y a toutes les stations que nous installons sur la playa pendant la semaine de l'événement et avant/après l'événement. À Gerlach, nous avons des stations

à l'Office, au Saloon, aux Shower properties, au Community Center et au Gerlach

Estates » (entretien, 2016).

Elle explique en outre que chaque site dispose de sa propre infrastructure de gestion des déchets, incluant des bennes et des énormes sacs de collecte pour les matériaux comme le plastique et l'aluminium. Les équipes de collecte des déchets recyclables se rendent chaque matin dans les différentes stations pour ramasser ces déchets selon des itinéraires précis :

« Nous avons 14 à 16 stations et trois véhicules que nous utilisons pour collecter les matériaux le matin, en faisant deux circuits différents : un circuit intérieur pour les camps du personnel proches les uns des autres et un circuit extérieur pour les stations plus éloignées » (entretien, 2016). Karla précise que ces stations recueillent beaucoup de déchets, et qu’« il est crucial de continuer à faire le tri et à collecter les matériaux des stations tant que les différentes équipes DPW ne le feront pas elles-mêmes » (entretien, 2016).

6. La station TSA de gestion et tri des déchets sur la playa.
Figure A.1. 6. La station TSA de gestion et tri des déchets sur la playa. Photo : F. Muguet, 2017.

ANNEXE 2 – PLAYA RESTORATION : CARTOGRAPHIE DES ZONES DE DÉCHETS (MOOP MAP) ET INSPECTION FÉDÉRALE DU BUREAU OF LAND MANAGEMENT (BLM INSPECTION)

1. La MOOP Map

La MOOP Map (Figure A.2.1) est un outil essentiel pour restituer aux burners l’état de propreté de la playa selon les zones. Conceptualisée par DA, le manager du département Playa Restoration, en 2006, elle utilise un système de couleurs pour indiquer le niveau d’effort nécessaire pour nettoyer la playa. DA explique :

« J'ai élaboré le concept du rouge, jaune, vert. […] La carte montre du vert pour les zones où nous progressons rapidement, du jaune pour celles où nous avons des arrêts fréquents, et du rouge pour celles où nous sommes complètement arrêtés » (entretien, Avant l’établissement de ce protocole, les membres de Playa Resto tentaient de cartographier et documenter la MOOP laissée sur la playa sans méthode uniforme : « Nous avions tous des cartes différentes, et nous écrivions simplement "copeaux de bois" ou "cigarette", selon ce que nous pensions avoir trouvé, mais il n'y avait pas de système formalisé. Nous essayions tous de nous débrouiller » (entretien, 2021). DA précise également qu’ils utilisaient des cônes de circulation orange placés sur les endroits de MOOP avec l’inscription « verre » ou autre, pour communiquer entre eux. Dorénavant, le protocole est bien rodé. Chaque soir, pendant que les membres des rangs (line sweepers) se retrouvent autour d’un verre au Saloon, les scribes et DA, eux, se réunissent à une table pour colorier (en jaune, rouge, vert), en fonction des avancées du jour, une gigantesque carte de BRC imprimée. Cette carte provisoire sert ensuite à DA pour réaliser la carte numérique finale visible sur le site de Burning Man. Selon DA, l’objectif de cette carte était de trouver un moyen de communiquer avec la communauté burner sans les culpabiliser ni les juger : « La MOOP Map elle-même représente aussi une responsabilité en matière d'information. […] Rouge ne signifie pas que vous êtes de mauvaises personnes. Il ne s'agit pas de honte. Je ne pense pas que la honte soit durable ou positive. Nous pouvons enseigner, encourager et intégrer ce principe de manière positive. Chaque année, nous faisons mieux. En 2019, même lorsque le Bureau of Land Management (BLM) a rendu le test plus difficile, nous avons obtenu notre carte la plus verte et notre meilleur score lors de l'inspection post-événement. Nous avons relevé ce défi » (entretien, 2021). Bien que cette carte ne soit pas produite pour juger, comme l’affirme DA, elle est néanmoins très attendue par les burners, notamment par les organisateurs des grands Theme Camps de musiques électroniques à programmation de DJ connus, appelés par les DPW des rave camps. En effet, les résultats de la cartographie peuvent influencer l’attribution des placements futurs de certains Theme Camps dans la ville. Ainsi, si leur emplacement est marqué en rouge sur la MOOP Map, cela pourrait les déclasser pour les éditions futures de Burning Man dans leur positionnement dans la ville, c’est-à-dire les placer plus en périphérie et non au centre. Les emplacements les plus prisés étant ceux situés près de l’Esplanade, entre la ville et l’espace ouvert de la playa avec le Man.

1. MOOP Map 2016.
Figure A.2. 1. MOOP Map 2016. Source : https://burningman.org/about/history/brc-history/event-archives/2016-event-archive/2016-moop-map.

2. L’inspection fédérale du Bureau of Land Management (BLM Inspection)

L’objectif ultime de Playa Restoration est de réussir l'inspection du site menée par le

Bureau of Land Management (BLM) à la toute fin de la saison. Le désert de Black Rock appartient au BLM. DA résume le protocole de l’inspection :

« Nous devons passer un test où nous ne devons pas laisser plus d'un pied carré [environ 0,09 mètre carré] de débris par acre [environ 0,4 hectare] en moyenne. Ce test se déploie sur environ 120 points de localisation GPS répartis dans Black Rock City. À chaque localisation, nous plantons un petit piquet dans le sol et attachons une corde d'environ 40 pieds [environ 12 mètres] de long. Ensuite, nous ramassons tous les MOOP à l'intérieur de ce périmètre que nous pouvons trouver. Parfois, c'est vraiment minuscule» (entretien, 2021). Chaque fragment de MOOP est collecté dans un sac de type Ziploc transparent alimentaire, marqué et remis au BLM. DA ajoute : « S'il y a plus de MOOP que la taille de ma main dans une zone de test, cela pourrait signifier que ce test échoue à cet endroit précis. C'est dire à quel point c'est petit ! Même une boule de papier mouchoir pourrait faire échouer ce point » (entretien, 2021). En 2016 et 2017, j'ai eu l'occasion de participer au test d'inspection du site en me portant volontaire au sein de l'une des équipes du DPW. Le 4 octobre 2016, l’opération est menée par le manager du projet Burning Man au sein du Bureau of Land Management (BLM), Michael Vermeys, avec qui j'ai pu discuter. L’inspection se base sur un document de 16 pages expliquant en détail le protocole d'inspection du BLM : Burning Man Post-event Inspection (Figure A.2.2).

2. Michael Vermeys, le manager du projet Burning Man au sein du Bureau of Land Management (BLM), montrant le document du protocole d’inspection.
Figure A.2. 2. Michael Vermeys, le manager du projet Burning Man au sein du Bureau of Land Management (BLM), montrant le document du protocole d’inspection. Photo : F. Muguet, 2016.

Ce document, utilisé en 2016, date de 2013 et détaille le protocole des inspections de 2004 à 2012. À partir de 2004, le protocole initial a été modifié pour se conformer aux nouvelles directives sur l'événementiel établies par le National Conservation Area (NCA), qui régit les activités autorisées légalement sur les terres protégées. Ces ajustements ont permis une couverture plus étendue de la zone à échantillonner et ont amélioré l'analyse quantitative des efforts de Playa Restoration.

Le jour de l’inspection, des sites de prélèvement aléatoires sont définis : 60 sites en 2013 (Figure A.2.4). De plus, en 2013, le BLM a proposé d'inclure six sites supplémentaires pour une surveillance ciblée (Figure A.2.3) :

« Les données recueillies ne seront pas incluses dans la surface totale moyenne des débris collectés des parcelles aléatoires et ne seront donc pas utilisées pour déterminer si le but en termes de norme de nettoyage a été atteint. Puisque la majorité de ces zones n'ont pas été ciblées pour la surveillance de la conformité pendant l'événement, les données spécifiques aux sites seront utiles pour identifier d'éventuels problèmes liés à ces zones » (Bureau of Land Management, 2013).

3. Les 6 zones de surveillance ciblées depuis 2013.
Figure A.2. 3. Les 6 zones de surveillance ciblées depuis 2013. Source : Burning Man Post-event Inspection, 2013, BLM.
4. Localisations des zones de prélèvement des échantillons.
Figure A.2. 4. Localisations des zones de prélèvement des échantillons. Source : Burning Man Post-event Inspection, 2013, BLM
5. Carte papier avec coordonnées GPS des zones à prélever, utilisée le jour de l’inspection.
Figure A.2. 5. Carte papier avec coordonnées GPS des zones à prélever, utilisée le jour de l’inspection. Photo : F. Muguet, 2016.

Je détaille ci-dessous le protocole effectif, reconduit annuellement, de l’inspection réalisée le lundi 4 octobre 2016 au matin à partir de mes notes de terrain. Au matin, les volontaires DPW ayant « survécu » aux festivités du week-end de Talent Show rencontrent l'équipe d'inspection du BLM, composée d'une dizaine d'agents et dirigée par Michael Vermeys, lors d’une réunion générale. L'ambiance est plutôt calme et empreinte de tristesse, les membres du DPW sont fatigués, conscients qu'il s'agit de la dernière matinée qu'ils passeront ensemble. Chacun se concentre sur la tâche à accomplir.

Avant l’arrivée du DPW, l'équipe du BLM se rend sur chaque zone de prélèvement pour y placer un petit drapeau. Les coordonnées GPS des zones ont été prédéfinies à l'avance selon la carte prévue à cet effet (Figure A.2.5). Ils utilisent un GPS avec une précision de 2 à 5 mètres pour s’orienter. Au cours de la réunion générale matinale effectuée à Shoreline, à l'entrée de la playa, Michael Vermeys rappelle les consignes de l’inspection. Il précise la méthode de récolte de la MOOP et l'affectation de chaque équipe composée de membres du DPW sur une dizaine de sites à inspecter244.

Chaque équipe comporte environ cinq personnes et possède un matériel spécifique : un

GPS, une corde radiale de 11,35 mètres (37,2 pieds) avec un nœud pour y fixer un piquet de 20 cm (8 pouces), des sacs en plastique de type Ziploc et un marqueur pour écrire sur les sacs. Cette procédure du « Moop test » est également expliquée par des schémas visuellement très explicites réalisés à la fois par DPW (Figure A.2.6) et par BLM (Figure A.2.7).

Chaque équipe se rend ensuite en voiture sur les sites à inspecter, guidée par le GPS.

Une fois sur place, un piquet rouge est planté au centre de la parcelle et la corde radiale y est attachée. Une personne est chargée de maintenir la corde bien tendue jusqu'au bout pour former un cercle parfait autour du piquet (Figure A.2.8). Les membres du DPW s'alignent alors derrière la corde et ramassent toute la MOOP qu'ils trouvent sur leur passage. Les déchets sont ensuite

placés dans un seul sac Ziploc (Figure A.2.9), sur lequel sont inscrits au marqueur le nom du site ou de la parcelle ainsi que la date. Une fois tous les prélèvements réalisés, les équipes se retrouvent toutes à Shoreline et alignent les sacs remplis de MOOP les uns à côté des autres (Figures A.2.10 et A.2.12).

Le BLM vérifie que tous les prélèvements ont bien été effectués sur chaque site. Un examen visuel rapide permet de juger si le test a été réussi ou non. Les normes concernant la quantité totale de MOOP tolérée varient d'année en année. En 2013, par exemple, selon le document d'inspection du BLM, pour les 60 parcelles, la quantité totale de MOOP tolérée était d'environ 0,56 mètre carré (6 pieds carrés). En 2017, la quantité de MOOP globale devait pouvoir être contenue dans le carré prévu à cet effet, le « MOOP testing grid » (Figure A.2.11).

6. Schéma du protocole de récolte du « MOOP test » réalisé par DA (DPW).
Figure A.2. 6. Schéma du protocole de récolte du « MOOP test » réalisé par DA (DPW). Source : « Leaving No Trace the Playa Restoration Way : DIY MOOP Sweeps, MOOP Map and LNT Test », DA, 7 août 2023, Burning Man Journal. https://journal.burningman.org/2023/08/black-rock-city/leaving-notrace/playa-resto-lnt/
7. Schéma du même protocole réalisé par le Bureau of Land Management (BLM).
Figure A.2. 7. Schéma du même protocole réalisé par le Bureau of Land Management (BLM). Source : Burning Man Post-event Inspection, 2013, BLM. Start Flag & Pacer Location (at end of Radial Cord) Radial Cord: 37.2’ Team Members: ≤6’ apart Center of .1 ac plot
8. Procédure effective de récolte de la MOOP : le « MOOP test ». Un piquet rouge est planté au centre de la parcelle et la corde radiale y est attachée. Une per
Figure A.2. 8. Procédure effective de récolte de la MOOP : le « MOOP test ». Un piquet rouge est planté au centre de la parcelle et la corde radiale y est attachée. Une personne est chargée de maintenir la corde bien tendue jusqu'au bout pour former un cercle autour du piquet. La récolte de la MOOP s’effectue par un ratissage derrière cette corde. Inspection BLM, 2016. Photo : F. Muguet, 2016. Figure A.2.9. Sacs en plastique de type Ziploc dans lesquels est placée la MOOP. Inspection BLM, 2016. Photo : F. Muguet, 2016.
10. Les équipes alignent les sacs de MOOP (2016). En 2016, les équipes se retrouvent toutes à Shoreline et alignent les sacs remplis de MOOP les uns à côté des
Figure A.2. 10. Les équipes alignent les sacs de MOOP (2016). En 2016, les équipes se retrouvent toutes à Shoreline et alignent les sacs remplis de MOOP les uns à côté des autres. Inspection BLM, 2016. Photo : F. Muguet, 2016. Figure A.2.11. Carré « test » de MOOP globale. La quantité de MOOP globale devait pouvoir être contenue dans le carré prévu à cet effet, le « MOOP testing grid ». Inspection BLM, 2017. Photo : F. Muguet, 2017.
12. Les équipes alignent les sacs de MOOP (2017). En 2017, les équipes se retrouvent toutes à Shoreline et alignent les sacs remplis de MOOP les uns à côté des
Figure A.2. 12. Les équipes alignent les sacs de MOOP (2017). En 2017, les équipes se retrouvent toutes à Shoreline et alignent les sacs remplis de MOOP les uns à côté des autres. Inspection BLM, 2017. Photo : F. Muguet, 2017.

3. Burning Man et l’application du Leave No Trace (LNT) devenu un modèle

d’engagement environnemental pour d’autres festivals transformationnels et le default world

L’application du principe de Leave No Trace (Ne laisser aucune trace) est devenu un modèle d’engagement environnemental pour d'autres festivals transformationnels. Cependant, ils ne parviennent généralement pas à atteindre le même niveau d'engagement de la part de leurs participants, comme l’explique Kirk qui a constaté ce phénomène :

« Tous les événements auxquels j’ai travaillé se revendiquent comme étant des événements Leave No Trace, mais pour une raison quelconque, les gens laissent encore des choses derrière eux. À Burning Man, il y a beaucoup plus de respect et de pratique de ce principe, peut-être à cause de l'application communautaire qui est plus forte ici »

(entretien, 2016).

Coyote souligne également la spécificité de la communauté de Burning Man. Il explique que le respect du LNT tient à la communauté elle-même, une véritable ville avec des quartiers, où chacun est impliqué dans le maintien de la propreté. Il précise que la réussite de Playa Restoration repose entièrement sur l’engagement des participants :

« Je suis sûr que lorsque vous étiez là-bas [sur la playa, en s’adressant à moi], en train de faire des line sweeps, de ramasser les déchets, la MOOP, comme on les appelle, vous avez dû être impressionné par le fait que beaucoup de camps étaient aussi propres qu'ils ne l'étaient avant. Certains ne l'étaient pas, mais beaucoup l'étaient. La restauration de la playa ne pourrait pas être réussie sans la participation des participants eux-mêmes. C’est un bon exemple de la façon dont nous avons gagné le respect de beaucoup de gens qui savent vraiment ce que nous faisons ici. Parce qu'ils voient que tout le monde est impliqué » (entretien, 2016). Coyote précise que Burning Man a même eu des discussions avec les maires de certaines villes des États-Unis. Ils voulaient savoir comment Burning Man parvenait à ce point à inciter ses participants à ramasser et emmener avec eux leurs propres déchets. Il raconte ces discussions : « À un moment donné, alors que nous commencions à gagner en notoriété, nous avons attiré beaucoup d’attention et subi beaucoup d’interrogations […] le département de la santé, le shérif, ceux qui délivrent les permis, et même le département de la circulation routière étaient intéressés parce que nous avions aussi un impact sur les routes. […] Le département de la santé est arrivé, disant — et à l'époque, je pense que notre population était d'environ 10 000 personnes — "Vous avez 10 000 personnes sur la playa, où sont vos poubelles ?" J'ai répondu : "Nous n'avons pas de poubelles." Ils ont dit : "Alors, qu'advient-il des déchets ?" Eh bien, les gens les emportent avec eux. C'était un concept qu'ils avaient du mal à comprendre, car aucun autre événement ne l’appliquait. Ils ont insisté pour que nous installions des poubelles, mais nous avons répondu : "Non, parce que si nous mettons des poubelles, nous aurons un énorme gâchis." Nous faciliterions le fait que les gens laissent leurs déchets au lieu de les emporter avec eux. Nous avons finalement convaincu le département de la santé. […] Les plus grands dégâts que nous ayons jamais rencontrés, c'est lorsqu'il y a une benne à ordures installée, cette benne devient une permission de laisser ses déchets. […] Même nos ennemis les plus acharnés, ceux qui veulent voir cet événement disparaître pour des raisons morales quelconques, doivent respecter l'idée que nous sommes un événement "Leave No Trace". Si vous allez sur la playa — l'inspection a eu lieu aujourd'hui — […] voyez si vous pouvez trouver où la ville était. Je parie que vous ne pourrez pas » (entretien, 2016). ANNEXE 3 - HISTORICITÉ DE BURNING MAN (1992-1998) Récapitulatif de l’historique de Burning Man de 1990 à 1998 1990-1996 : Burning Man, première phase de développement • 1990-1991 : Burning Man est un événement Cacophonist. • 1992-1994 : L’influence de Desert Siteworks est massive ; l’art devient de plus en plus central et la culture de Burning Man se façonne progressivement. • 1994-1996 : L’influence de la Cacophony Society reste encore très présente jusqu’en À partir de 1996 : Burning Man, deuxième phase de développement • 1996 : Clash majeur, John Law quitte l’organisation de Burning Man. À partir de cette rupture, l’organisation est restructurée. Le Department of Public Works (DPW) se forme officiellement en 1998 comme une branche marginale de Burning Man, héritière de la Cacophony Society et des groupes de freak bikes affiliés tels que le Minneapolis Hard Times Bike Club et le Black Label Bike Club. L’orientation politique anarchiste de la Cacophony prédictive du clash définitif avec Burning Man en 1996 La Cacophony Society reposait sur un modèle politique anarchiste, favorisant l’autogestion et l’absence de contrôle hiérarchique, où chaque membre était encouragé à tour de rôle à proposer et à organiser un événement. L’organisation était donc rotative et empêchait ainsi la prise de contrôle à long terme par un leader unique. Cette approche contrastait profondément avec l’évolution en cours de Burning Man, où la centralisation du pouvoir et l’institutionnalisation progressive de l’événement ont entraîné des tensions croissantes, jusqu’à la rupture définitive en 1996. John Law explique cette divergence radicale de point de vue : « L'idée de la Cacophony n'était pas de créer un immense événement avec un mécanisme de contrôle pyramidal, où les riches seraient au sommet et dirigeraient tout. Pourtant, c'est ce que Burning Man est devenu. Ceux qui le dirigent en tirent énormément d'argent et contrôlent le système. Je ne dis pas que c’est forcément une mauvaise chose. Disneyland est génial, j'adore Disneyland. Il est dirigé par une poignée de milliardaires de droite qui gèrent cette immense industrie du divertissement. Burning Man est très similaire à bien des égards » (entretien, 2024). Bien qu’il reconnaisse la nécessité de nouvelles régulations en raison de l’expansion de Burning Man, il critique la récupération par Burning Man du concept initial de liberté propre à la Cacophony et son insertion dans un système hiérarchisé et capitaliste : « Mais ce qu'ils vendent encore aujourd’hui, c'est l'idée d'un événement libre, alors qu'en réalité, c'est un événement contrôlé, où l'argent remonte vers le sommet. Ce qu’ils ne disent pas aux participants, c’est que l’argent est un facteur clé » (entretien, 2024). John Law constate que, pour beaucoup de participants, « c'est un excellent produit » car « ils viennent dans un endroit au milieu de nulle part, où personne de sensé n'irait en raison des conditions météorologiques et de l'isolement » (entretien, 2024). Selon lui, l’idée du Zone trip, de « permettre une expérience mentale extraordinaire par le fait d’aller là où tout serait possible » (Chapitre 1)245, a été récupérée et instrumentalisée à des fins commerciales. John Law critique la mythification de Larry Harvey en tant que Great Man. Il l’accuse d’avoir vendu l’univers de la Cacophony à un public plus large : « Il a créé un produit qui se vend et dont les gens ont besoin » (entretien, 2024). Il regrette également l’invisibilisation du rôle des femmes dans l’historicité de la création de Burning Man alors qu’elles ont joué un rôle effectif important, ce qui sera détaillé dans la section ci-après. 1996 : Le dernier grand impact Cacophonist : le Smiley prank et l’œuvre Helco John Law quitte l’organisation après l’édition de 1996, n’étant pas d’accord avec l’évolution de Burning Man vers un modèle plus hiérarchisé et proche de la culture de masse dite mainstream. Cette édition fut marquée par des tensions relationnelles importantes entre les organisateurs. Un grave accident de moto, survenu juste avant le début de l’événement, causa la mort d’une personne sur la route menant au site. Certains organisateurs furent profondément choqués, tandis que Larry Harvey se préoccupait surtout de la bonne poursuite de la semaine de Burning Man. Les désaccords s’accentuèrent au cours de la semaine. Dans la continuité des pranks de la Cacophony Society (Chapitre 1), John Law réalise cette année-là la « Smiley Man prank », en infiltrant un smiley lumineux dans la tête du Man. Furieux, Larry Harvey ordonne son retrait immédiat (Chapitre 3). Enfin, le dernier grand acte anarchiste et cacophoniste de cette période s’incarne dans l’installation artistique phare de Burning Man 1996 : HELCO, créée par Flynn Mauthe et Kal Spelletich. Cette œuvre symbolisait une critique explicite du monde capitaliste et de la société de consommation. La tour, recouverte de logos parodiant de grandes entreprises pétrolières comme Shell (Figure A.3.1) est mise à feu. Elle était accompagnée d’un scénario spectaculaire dans lequel Larry Harvey, invité par HELCO à vendre Burning Man, refuse publiquement en déclarant : « Je ne peux pas signer ! Je ne possède pas Burning Man ! Burning Man est à vous ! C’est à vous de décider ! » (Larry Harvey, The Early Years: Reflections on Interactive Performance, Burning Man.org, traduit de l’anglais). John Law, par sa performance, réalise une action à forte portée politique : vêtu d’un long manteau de style western, il s’élance sur une tyrolienne depuis la tour en flammes pour venir s’écraser dans un panneau de tubes néon illuminés portant le mot « CONSUME » (Consomme). Il s’en sort indemne : « John Law savait faire toutes ces choses qu’il ne faut jamais essayer chez soi sans risquer de se tuer ou de tuer quelqu’un d’autre » (Doherty, 2014, loc. 106-107, traduit de l’anglais)246.

Cet épisode clôt la première ère de Burning Man, marquée par l’esprit anarchiste et expérimental de la Cacophony Society. À partir de 1997, une nouvelle organisation se met en place, jalonnée par une série de clashs successifs décrits dans le paragraphe 4, marquant l’entrée de Burning Man dans une phase de structuration et de professionnalisation, ainsi que la naissance du Department of Public Works (DPW).

1. Installation artistique thématique de 1996, HELCO, créée par Flynn Mauthe, Kal Spelletich et Seemen.
Figure A.3. 1. Installation artistique thématique de 1996, HELCO, créée par Flynn Mauthe, Kal Spelletich et Seemen. Photo : inconnu. Source : Burning Man Timeline 1996, https://burningman.org/timeline/1996/. showman sait combien de temps il faut rester dans la lumière), puis John Law se jeta en arrière depuis la tour, plongeant dans une atmosphère presque solide de cendres et de chaleur. Il saisit la poignée d’une tyrolienne, glissa à une vitesse vertigineuse et vint s’écraser à travers une enseigne au néon portant l’ordre “CONSUME”, avant de toucher le sol. Vanessa l’attendait avec un extincteur, au cas où il aurait pris feu » (Doherty, 2014, loc.106-107, traduit de l’anglais).

Le rôle des femmes, des girlfriends, invisibilisé dans l’historicité de Burning Man

Les femmes ont été nettement invisibilisées dans l’histoire de Burning Man, comme me l’ont fait remarquer John Law et Diane*, un membre de la Cacophony Society et du DPW, dans leurs entretiens. Diane met en lumière le rôle important de Danny Girl dans le Circus Redickuless :

« La plupart des hommes de la Cacophony Society, ils avaient des copines. Leurs copines faisaient presque tout. Avec Chicken John et Danny Girl’s Circus Redickuless – qui est maintenant appelé Chicken John’s Circus Redickuless – tout était à peu près organisé, maintenu et financé sur la carte de crédit de Danny Girl. Danny Girl ne veut pas prendre le crédit, alors maintenant, c’est Chicken John’s Circus Redickuless. C’est une parenthèse, mais le Circus Redickuless faisait partie des premières bases du DPW» (entretien, 2016*). Dans l’historicité même de Burning Man, l’histoire « commune » retient que « Michael Mikel a formé les Black Rock Rangers, alors que c’est vraiment Vanessa Kuemmerle qui a initié les Rangers avec Michael Mikel. En effet, pour répondre aux exigences du BLM (Bureau of Land Management) formulées en 1991, Burning Man se structure, s’organise et crée les Rangers en 1992. C’est un groupe de bénévoles « façonné sur le modèle des Texas Rangers » (Chen, 2009, loc. 374, traduit de l’anglais)247. John Law précise le rôle clef qu’a joué Vanessa Kuemmerle, la petite amie de John Law à l’époque, dans la fondation des Rangers : « Vanessa, maintenant, elle est modeste. Elle a conçu des chapeaux pour le président Obama. Elle et Danger Ranger ont fondé les Rangers. Ensemble. Ce n’était pas juste Danger Ranger. C’était elle et Danger Ranger. […] Elle tenait toutes les réunions à notre maison et elle a formé personnellement toutes les personnes » (entretien, 2024). Les Rangers sont formés aux premiers secours de personnes en danger, mais aussi à la résolution de conflits. Ils constituent aujourd’hui un département entier au sein de Burning Man, impliquant des centaines de bénévoles. Le manager actuel, Crow, vit à Gerlach toute l’année248. En outre, Marian Goodell, anciennement l’amie de Larry Harvey, aujourd’hui PDG de Burning Man, a également joué un rôle central depuis le départ de John Law et plus encore depuis la mort de Larry Harvey en 2018 : « En ce qui concerne Burning Man, Marian Goodell gère Burning Man. Et elle l’a toujours fait, depuis que John Law est parti. Marian était la petite amie de Larry Harvey » (Diane, entretien, 2016*). Diane souligne également l’importance des couples dans la dynamique de Burning Man et l’apport effectif primordial de ces « femmes de » restées trop souvent dans l’ombre de leurs hommes : « Je veux dire, Will Roger et Crimson Rose, Larry Harvey et Marian Goodell, John Law et Vanessa Kuemmerle, Flash et Dana Albany. Vous savez, tout le monde avait sa copine ou son copain ici qui pensait être le leader de tout ça, et les garçons prenaient toujours le crédit tandis que les filles s’en fichaient un peu. C’était un peu comme ça ici. Mais les gens reconnaissent cela maintenant. Marian dirige Burning Man. Et Harley aussi, vous savez ? »

(entretien, 2016). Effectivement, Harley Dubois, largement invisibilisée de la communication officielle de Burning Man, est cofondatrice de Burning Man et a été longtemps responsable de la direction des opérations. Toutefois, Diane conclut en reconnaissant que, malgré ces défaillances en termes de reconnaissance historique, les femmes restent majoritaires sur le terrain : « Ça a toujours été… légèrement à majorité féminine sur le terrain, bien que le DPW ne compte qu’un membre féminin au sein du Council of Darkness pour l’instant. Je pense que c’est juste une question de hasard » (entretien, 2016*).

Les grands clashs et accords après 1996

Après 1996, s’ensuit une série de clashs et d’accords à la fois entre organisateurs et entre organisateurs et participants, marquant l’évolution de Burning Man, dont voici un aperçu succinct : • 1997 : Devant l’accroissement du nombre de participants (environ 10 000) et les besoins croissants de structuration, est créée l’entreprise à but lucratif Black Rock City Limited

Liability Company (LLC). Cette entreprise arrive tout juste un an après le scénario

HELCO anticapitaliste et anti-propriété présenté à Burning Man. • 1998 : Le DPW est officiellement formé. • 2004 : Larry Harvey rédige les 10 Principles. Certains membres de la Cacophony

Society dénoncent alors un plagiat des 12 Chaotic Principles de la Cacophony, qui sont présentés dans le point III (infra). • 2005 : Une pétition-manifeste intitulée We Have a Dream dénonce la sélection des projets artistiques et l’attribution des financements par la tête de Burning Man uniquement. Le manifeste réclame « la démocratisation de l’attribution des financements de Burning Man Art Program » et propose un processus électoral incluant

« toute personne figurant dans la base de données de Burning Man du fait d’un achat de billet ou d’un projet artistique antérieur » (burningman.org, 2005). La réponse de Larry Harvey fut négative et la sélection repose encore aujourd’hui sur un Art Grant Committee interne à l’organisation de Burning Man249. • 2007 (tentative de retour et échec de la Cacophony) : En acte de protestation contre l’orientation à but lucratif de Burning Man et sa transformation en rave, Paul Addis, ancien membre de la Cacophony Society, met le Man à feu plus tôt que prévu. Jerry James, présent cette année-là sur la construction du Temple, témoigne qu’après son arrestation, Addis fut poursuivi pour crime, condamné à deux ans de prison, puis se suicida tragiquement en se jetant sous les rails du BART à San Francisco250. • La même année, John Law intente une action en justice contre ses anciens associés Larry Harvey et Michael Mikel pour contester la propriété du nom et du logo « Burning Man», détenus conjointement au sein de Paper Man LLC. Sa plainte n’aboutit pas, et il perd le procès. Depuis 1997, l’événement continue d’être produit sous Black Rock City LLC.

• 2011 : Burning Man entame un long processus de transformation pour devenir une organisation à but non lucratif, un protocole qui durera plusieurs années. • 2013 : Marian Goodell, ancienne compagne de Larry Harvey et membre du bureau de

Burning Man depuis 1997, dont le premier burn remonte à 1995, est nommée PDG

(CEO). Ses pairs lui font confiance pour assurer la transition de l’entreprise de LLC à non-profit, reconnaissant son expérience préalable en management chez Ford.com251. • 2018 : Mort de Larry Harvey. Marian Goodell poursuit la direction de Burning Man, cherchant notamment à renforcer son implantation à l’international. Une polémique éclate cependant la même année lorsqu’elle soutient la création d’un événement : Where

The Sheep Sleeps aux Pays-Bas. Ce faisant, elle évince une communauté locale déjà active sur place. Le débat reste vif jusqu’en 2024 : après de vives discussions lors de l’European Leadership Summit (ELS) autour d’un siège de Burning Man aux Pays-Bas, l’édition 2024 de Where The Sheep Sleeps est finalement annulée.

ANNEXE 4 - LES 12 CHAOTIC PRINCIPLES DE GARY WARNE (SUICIDE CLUB, 1977) : SOURCE D’INSPIRATION DES 10 PRINCIPES DE BURNING MAN

Larry Harvey a proclamé les dix principes de Burning Man en 2004. Pour John Law, il s’agit d’un plagiat : « Larry Harvey a eu l’idée de ses dix principes directement à partir des douze Chaotic Principles écrits en 1977 [par Gary Warne du Suicide Club]. Mais personne n’en a jamais entendu parler » (entretien, 2024). Les 10 principes sont les suivants : Radical Inclusion (Inclusion radicale), Gifting (Don), Decommodification (Décommercialisation), Radical Self-Reliance (Autonomie radicale), Radical Self-Expression (Expression de soi radicale), Communal Effort (Effort collectif), Civic Responsibility (Responsabilité civique), Leaving No Trace (Ne laisser aucune trace), Participation (Participation), Immediacy (Immédiateté). De nombreux burners s’approprient ces principes en créant des gifts (cartes postales, cartes de visite, autocollants, objets imprimés) énumérant les dix principes ou leurs symboles graphiques.

À l’accueil des Regional Burns, les événements affiliés à Burning Man à l’international, les greeters, ceux qui accueillent les arrivants rappellent les 10 principes. Ils sont généralement inscrits dans les livrets What Where When, répertoires des activités proposées par les Theme Camps. Sur le site de Burning Man, ces principes sont décrits comme « des lignes directrices pour le tout nouveau réseau régional. Ils n’ont pas été conçus comme une injonction sur la manière dont les gens devraient être ou agir, mais comme un reflet de l’éthique et de la culture communautaires telles qu’elles s’étaient développées organiquement depuis la création de l’événement » (10 Principles, Burning Man.org)252. Le détail de ces principes est facilement accessible en ligne et repris par de nombreux chercheurs et journalistes, c’est pourquoi je ne m’y attarderai pas ici. En revanche, les 12 Chaotic Principles sont beaucoup moins connus.

C’est Gary Warne, fondateur du Suicide Club, en 1977, soit 27 ans avant les 10 principes de Larry Harvey, qui a écrit 12 Chaotic Principles. Pour John Law, ces principes ont été rédigés au second degré, dans l’esprit du Suicide Club, à l’inverse de Burning Man qui, selon lui, se prend trop au sérieux. Ils ont été conçus à la suite d’incidents survenus lors des actions du Suicide Club et doivent être compris comme des formes de remédiations constructives à ces expériences253. Par exemple, deux principes, très réalistes, reposent sur la possibilité d’un échec

de l’expérience sociale ou théâtrale dans l’espace public, et sur la reconnaissance de la confrontation potentielle avec la colère, l’indifférence ou l’agressivité du « spectateur » dans cet espace : Allow People the Validity of Their Own Emotions (Reconnais aux gens la validité de leurs propres émotions) et The More Extreme the Act, the More Extreme and Varied the Response Will Be (Plus l’acte est extrême, plus les réactions seront extrêmes et variées).

Les similitudes les plus évidentes entre les 12 Chaotic Principles et les 10 principes de

Burning Man apparaissent entre les principes suivants : Chaotic Principle: Solidarity Is a Necessity (Suicide Club/Cacophony) et Communal Effort (Burning Man) ; Chaotic Principle: You Will Never Be Totally in Control (Suicide Club/Cacophony) et Immediacy (Burning Man). Les principes de Burning Man : Participation, Radical Inclusion et Leave No Trace ne figurent pas dans les 12 Chaotic Principles de Gary Warne, mais ils faisaient partie intégrante des pratiques du Suicide Club puis de la Cacophony Society.

En effet, la participation active est l’un des principes effectifs de la Cacophony Society, qui se recoupe également avec les pratiques de Desert Siteworks (Chapitre 1). Cela explique l’héritage doublement important de cette pratique de participation active et immersive sur le Burning Man actuel. Participation se retrouve dans l’adage No Spectators, inscrit sur un bus à Burning Man en 1990, puis affiché sur la structure du Center Camp en 1997. Heather*, membre du DPW et de la Cacophony, évoque cet impact cacophoniste sur Burning Man : « Je pense que Burning Man a beaucoup copié la Cacophony. La Cacophony représentait quelque chose d’important pour les gens, une manière d’agir qui ne consistait pas simplement à rester debout dans un bar à boire ou à consommer. Tu vois, “tu faisais réellement partie du spectacle” » (entretien, 2016*). Les actions de la Cacophony, telles que Santa Con (Chapitre 1) ou les Zone Trips, impliquaient en effet que tous les volontaires participent activement à l’expérience. Il aurait été difficilement envisageable que certains fassent le « show » pendant que d’autres se contentent de regarder en « touristes ».

Concernant le principe proclamé par Burning Man d’« inclusion radicale » (Radical

Inclusion), John Law estime qu’il s’agit également d’une copie directe d’un principe déjà présent au sein de la Cacophony : « À cent pour cent, [Burning Man a copié certains des Chaotic Principles de Gary Warne], et notamment l’inclusivité radicale. Nous ne l’appelions pas ainsi, mais c’est exactement ce que nous faisions. Tout le monde était égal, tout le monde participait et était inclus. Cela venait directement du Suicide Club » (entretien, 2024). En effet, toute personne était encouragée à rejoindre le Suicide Club ou la Cacophony, puis à organiser ses propres actions et événements, à l’image de Mary Grauberger, membre des débuts du Suicide Club, qui fut inspirée et encouragée à créer ses propres rassemblements sur la plage de Baker Beach à San Francisco lors des solstices d’été (Chapitre 1).

Il en va de même pour le principe de Burning Man Leave No Trace (Ne laisser aucune trace), rédigé par Larry Harvey en 2004. Pour John Law, il s’agit là encore d’une reprise directe d’un principe déjà en vigueur au sein du Suicide Club et de la Cacophony : « Leave No Trace ; cela vient du Suicide Club. La raison en est que nous pénétrions dans des environnements sans jamais les modifier ni les endommager. Nous escaladions des infrastructures publiques comme des ponts, et nous faisions en sorte que personne ne sache

que nous étions passés par là. Nous allions dans des bâtiments abandonnés pour y organiser des événements, mais nous nettoyions toujours une fois terminés. Nous ne laissions rien derrière nous. C’était ça, “Leave no trace”. Cela vient directement du Suicide Club » (entretien, 2024).

L’énumération des 12 Chaotic Principles254 ci-dessous est tirée du livre Tales of the San

Francisco Cacophony Society (pp. 6-9) et traduite en français :

Notes

  1. Vidéo postée par des réfractaires à Burning Man : https://www.tiktok.com/@ewucrewofficial.
  2. Ce sont les mêmes pinces qui sont utilisées par les services de propreté des villes américaines.
  3. Une anecdote de 1996, décrite par DaveX, illustre cette tension historique entre les habitants locaux et les burners : « Un participant de Burning Man s'est présenté sans pantalon dans une boutique de Gerlach vendant du propane, tenant ce qu'il appelait un "lance-flammes". Il a demandé au vendeur de lui fournir du propane. […] Le vendeur, soucieux de sa sécurité et de celle de son commerce, a pris son fusil et a ordonné au participant de partir : "Dégagez d'ici. Je ne vous vends pas de propane." À la suite de cet incident, il a contacté Will Roger, un représentant de Burning Man, pour exprimer ses préoccupations : "Écoutez, je ne sais pas ce qui se passe làbas, mais je ne peux pas vendre de propane à un type sans pantalon avec un lance-flammes. Vous savez ? J’ai mon entreprise ici, c’est sérieux. Si quelque chose tourne mal, je perds mon commerce. Vous devez trouver une autre solution" » (entretien, 2018). Pour éviter de telles situations à l'avenir, un département interne à Burning Man : Fuel DPW, a été créé afin de gérer la distribution de carburant directement sur la playa.
  4. J’utiliserai le terme de déchets, car c’est celui qui figure dans le dictionnaire pour exprimer des choses que l’on jette. Je précise toutefois que le lexique vernaculaire du DPW, notamment au sein des équipes de TSA, emploie plutôt les termes materials, resources, recyclables ou parfois trash. Cette terminologie traduit une vision très positive du déchet, perçu comme une ressource exploitable et réutilisable.
  5. Name Justification The Man The large-scale construction efforts, frequency of visitation, and structure burn make this site a point of interest -119.204336 40.787005 The Temple The large-scale construction efforts, frequency of visitation, structure burn make this site a point of interest -119.198111 40.791628 Services This area receives a high degree of traffic and deals with large amounts of grey and black water, making it a point of interest -119.223502 40.778532 DPW The level of use and population density of this area during the event make it a point of interest -119.215188 40.772299 ICP The level of use and population density of this area during the event make it a point of interest -119.232075 40.780897 HEAT The use and storage of heavy equipment in this area make it a point of interest -119.207801 40.780125
  6. C’est à ce moment-là que j'ai compris que ce test se ferait « entre-nous », comme un autocontrôle de notre propre travail. J'ai été alors assez surprise de voir que cet enjeu majeur reposait principalement sur la confiance du BLM envers le DPW pour suivre le protocole.
  7. « L’inspiration est venue d’une femme nommée Carrie Galbraith. C’est elle qui a inspiré toute l’idée du Zone Trip, qui consistait à quitter San Francisco pour aller dans un lieu magique où tout pouvait arriver. C’est cela, l’idée du Zone Trip. Les lieux physiques où nous allions n’étaient que des lieux matériels. Mais l’essentiel, c’est que c’était un concept, quelque chose dans votre esprit : vous alliez vers un lieu exceptionnel où tout pouvait se produire. C’est la véritable philosophie de Burning Man dans le désert » (John Law, entretien, 2024).
  8. « John Law, héros de western vêtu d’un long manteau blanc, écrasa son cigare et bondit vers son devoir, les flammes vibrant tout autour de lui. Il escalada le flanc de la tour Helco jusqu’à son sommet, à plus de douze mètres de haut. Tenant dans une main une fusée éclairante allumée, il fit exploser une gigantesque charge de poudre installée par Kimric Smythe au sommet, tira sur une corde qui renversa un seau d’essence placé à mi-hauteur, puis fit tomber un autre seau en haut de la tour. Celle-ci était gorgée de chutes de bois et de bidons de plastique remplis d’essence. En une seconde, elle s’embrasa dans un immense jet de flammes orange et blanches s’élevant à plus de douze mètres. Le public n’en crut pas ses yeux — il était encore là-haut ! Peut-être une seconde de plus (un vrai
  9. « En 1992, Mikel a fondé les Black Rock Rangers, un groupe de bénévoles inspiré des Texas Rangers. Les Rangers participaient à des opérations de recherche et de sauvetage pour les participants perdus dans le désert » (Chen, 2009, loc. 374, traduit de l’anglais).
  10. Une « story » du Ranger retraité, Jynx est disponible sur dpwstorybook.com. Il y parle de sa vision des résolutions de conflits.
  11. Document d’archive détaillant la polémique concernant l’attribution des financements artistiques : https://burningman.org/about/history/brc-history/event-archives/2005-2/borg2-response/
  12. L’article de SFgate explique le suicide de Paul Addis alors qu’il a été condamné en justice par Burning Man : https://www.sfgate.com/news/article/Burning-Man-arsonist-dies-on-BART-tracks-3994692.php.
  13. L’article revient sur le parcours professionnel de Marian Goodell et ses compétences en entreprise : https://blogs.goucher.edu/magazine/love-and-dust-a-partial-history-of-burning-man/
  14. https://burningman.org/about/10-principles/.
  15. « Chaque principe, en quelque sorte, était une plaisanterie, car au Suicide Club, nous ne nous prenions pas au sérieux à la manière des organisateurs de Burning Man. C’était donc une façon humoristique de formuler les choses. Gary a choisi des incidents et des événements précis que nous avions réalisés au Suicide Club et qui ne s’étaient pas déroulés comme prévu, qui avaient, pour ainsi dire, explosé en plein visage. Il a essayé de comprendre ce qui avait mal tourné, pourquoi cela avait mal tourné. Ensuite, il a rédigé un principe à partir de cette expérience, comme “Stick Together” (Restez unis), qui exprimait une idée simple : rester ensemble. Lorsque vous organisez un événement, vous devez tous convenir de rester unis du début à la fin, afin d’en faire une expérience collective, avec la force du groupe. C’est très intelligent lorsqu’on agit dans un environnement urbain en entreprenant des actions qui sortent des cadres autorisés. D’autres principes, comme “Don’t Be an Asshole” (Ne sois pas un crétin), signifiaient simplement qu’il ne fallait pas se battre avec les autorités ni avec d’autres personnes. L’un des principes était “The Validity of Other People’s Experience Is Just as Strong as Yours” (La validité de l’expérience des autres est aussi forte que la tienne). Cela veut dire, par exemple, que si vous faites du théâtre de rue — car nous en faisions beaucoup — et que quelqu’un n’aime pas votre performance, s’en offusque et vous frappe, cette réaction est tout aussi légitime que votre action. Il faut comprendre que l’expérience des autres ne peut pas être effacée. Vouloir le faire, c’est précisément l’antithèse d’une pensée libre ; c’est, au contraire, le signe d’une logique
  16. cultuelle. Et dans bien des aspects, Burning Man a adopté une forme de cultic thinking (pensée de type cultuel), un mécanisme qui soutient et protège les hiérarchies » (John Law, entretien, 2024).
  17. PRINCIPE CHAOTIQUE DÉFAIS-TOI DE TOUTE ATTENTE. Assure-toi que les personnes avec qui tu fais quelque chose savent autant encaisser que donner. Si ce n’est pas drôle quand cela leur arrive, alors tu n’as pas affaire à des farceurs, mais des sadistes. Initieles pour t’assurer qu’ils ont de l’autodérision. Ne présuppose jamais la réaction qu’un événement va susciter : tu seras forcément déçu. Ergo. PRINCIPE CHAOTIQUE n° II : TU NE SERAS JAMAIS ENTIÈREMENT AUX COMMANDES. PRINCIPE CHAOTIQUE n° III : SOIS UN IMBÉCILE, PAS UN SADISTE. TU DOIS ÊTRE CAPABLE D’ENCAISSER AUTANT QUE DE FAIRE. PRINCIPE CHAOTIQUE n° IV : RECONNAIS AUX GENS LA VALIDITÉ DE LEURS PROPRES ÉMOTIONS (L’HUMOUR EST UNE CHOSE TRÈS SÉRIEUSE). Quand tu fais enfin ce que tu veux vraiment faire, peut-être pour la première fois, accorde aux autres la réalité de leurs émotions et la sincérité de leurs réactions. Ne sois ni choqué ni découragé si l’on t’ignore, si l’on te frappe ou si l’on t’arrête. On ne peut pas s’attendre à ce que tout le monde trouve tes blagues drôles. Leurs réactions n’en sont pas moins légitimes que les tiennes. Semaine nationale du clown, 9 août 1974. Douze clowns sont entrés dans une agence de la Bank of America à Powell & Market en chantant We’re in the Money et ont essayé de déposer des poissons, des fleurs, des balles de jonglage et des bandes dessinées aux guichets. Les gardes sont arrivés, furieux, prêts à frapper le meneur. J’étais déguisé en policier Keystone, avec un énorme badge argenté, un casque britannique, une canne et un long manteau bleu. J’ai soufflé dans mon sifflet, arrêté le clown principal et l’ai traîné dehors — il était enragé — pendant que les autres, déjà en fuite, éclataient de rire. On s’est enfuis. C’était terrifiant, mais c’était leur territoire, leurs valeurs et leur travail. Accepte toute réaction, elle est réelle. Le fait que le groupe ait rompu les rangs fut réellement effrayant. Rappelle-toi du principe n° III. PRINCIPE CHAOTIQUE LA SOLIDARITÉ EST UNE NÉCESSITÉ. Chaque fois que nous changions d’endroit au cours d’une soirée de bizarreries, nous perdions des gens. Cela devint une loi infaillible d’entropie pour les actions futures. Ce n’est pas bon. Les gens ont besoin les uns des autres pour l’énergie et le soutien, et il est relativement dangereux de sortir en groupe pour
  18. 1. Divest Yourself of Expectations. 2. You Will Never Be Totally in Control 3. Be a Fool, Not a Sadist. 4. Allow People the Validity of Their Own Emotions. 5. Solidarity Is a Necessity. 6. Play It Out to the End (Anything Goes). 7. The More Extreme the Act, the More Extreme and Varied the Response Will Be. 8. Humour Is as Relative as Anything Else. 9. Fear Is a State of Mind: The Fear/Risk Ratio Is Not Proportional. 10. We Have Many Things to Risk Besides Our Lives. 11. We Subconsciously Believe We Have Experienced Things When We Have Only Watched Them. 12. When We Test Our Fantasies of Ourselves. We Fall Short – So We Do Not.
  19. faire des farces, tout peut arriver. Si tu commences quelque chose, termine-le. Corollaire : rien n’est jamais fini quand tu crois que ça l’est. PRINCIPE CHAOTIQUE n° VI : JOUE LA SCÈNE JUSQU’AU BOUT (TOUT EST PERMIS). Un désastre : il portait bien son nom. Les gens ne pouvaient pas se faire confiance à cause de ce que chacun avait apporté et fait pour ou contre les autres sans vraiment se connaître. Un objectif commun, défini à l’avance, est préférable, même si certains ne peuvent aller jusqu’au bout ; ce sera alors une faiblesse intérieure plutôt que de la paranoïa. En dehors des initiations, et malgré le principe n° II, il vaut mieux s’accorder à l’avance sur ce que l’on veut faire. PRINCIPE CHAOTIQUE n° VII : PLUS L’ACTE EST EXTRÊME, PLUS LES RÉACTIONS SERONT EXTRÊMES ET DIVERSES. VOYAGE VERS UNE AUTRE PLANÈTE. Nous nous sommes divisés en trois groupes pour imaginer à quoi ressemblerait la vie sur d’autres planètes. Puis, nous avons bandé les yeux de vingt-cinq personnes et les avons conduites dans deux environnements inhabituels, l’un naturel et l’autre artificiel. Nous leur avons dit que, lorsqu’on leur retirerait le bandeau, elles ne pourraient pas utiliser de noms propres ni de références terrestres pour décrire ce qu’elles verraient. Elles devaient décider de ce que c’était, pourquoi cela existait, et à quoi cela servait, comme si elles le découvraient pour la première fois. Nous les avons emmenées dans le tunnel de Judah Street, sous la Great Highway, et leur avons ôté le bandeau dans le noir. Elles ont dû marcher vers la sortie, côté mer, comme si elles atterrissaient sur une autre planète, et “décider” de ce qu’était l’océan. Leurs descriptions, fantasmes et hallucinations furent incroyables. Je ne verrai plus jamais l’océan de la même façon ! Ensuite, nous les avons rebandées et conduites à Alcoa Plaza, à minuit, dans le ventre du monstre : Ripple’s, un bar du XXIe siècle. Des télévisions alignées le long du comptoir diffusaient les vagues s’écrasant sur le rivage, des écrans géants projetaient un groupe de musique invisible, et des écrans au-dessus des urinoirs montraient des femmes se déshabillant. C’était un endroit si délirant qu’aucune imagination n’aurait pu aller plus loin. COURS DE BLAGUES Nous avons organisé des cours de blagues pendant deux ans, jusqu’à notre catalogue Deathskool, quand les gens ont fini par être trop confus et que nous avons arrêté. Quelqu’un s’était inscrit à chaque cours, aussi absurde soit-il. Pour le cours Hara-kiri, où il était demandé aux participants de se suicider, certains ont poliment demandé si c’était “pour de vrai”. Pour Possession démoniaque, d’autres nous ont demandé à voix basse si nous avions “des connexions”. Lorsque nous avons proposé La paranoïa comme état de conscience accrue, nous avons dû tout repenser. Seize personnes s’étaient inscrites, certaines rejetées par d’autres secrétaires. Beaucoup ne voulaient suivre que ce cours et refusaient de remplir la fiche d’échange de compétences. Le texte de présentation était atroce, mais les gens le voulaient. La blague devint trop réelle. Personne n’osait accueillir la séance chez soi. Finalement, huit mois plus tard, quelqu’un qui quittait son logement accepta d’y tenir la réunion. Ce fut une soirée intense, où nous avons partagé nos peurs. Notre première blague était devenue réelle.
  20. PRINCIPE CHAOTIQUE n° VIII : L’HUMOUR EST AUSSI RELATIF QUE TOUT LE RESTE. Nuit d’aventures – Catalogue Deathskool, printemps 1975. Description : Apportez vos aventures prêtes à vivre. Laissez votre orgueil à la maison, surtout si elles semblent trop dangereuses ou trop ennuyeuses. Doivent se dérouler à San Francisco. Vingt-cinq personnes se sont inscrites, trois sont venues avec des idées d’aventures. Après discussion, certains ont commencé à inventer des farces, mais je ne savais pas s’ils les improvisaient ou s’ils les avaient déjà préparées. Il y avait un cours de farces dans le catalogue, sans enseignant ; personne ne s’y inscrivit (tout le monde avait peur d’être le premier et de devoir offrir sa maison). Nous avons planifié deux des trois aventures pour la première soirée. La première, la mienne, consistait à traverser le tunnel de Judah Street, de Duboce Park à Cole & Carl. La moitié du groupe rentra chez elle sur-le-champ et ne revint jamais. D’autres refusèrent d’y aller mais attendirent de l’autre côté. PRINCIPE CHAOTIQUE n° IX : LA PEUR EST UN ÉTAT D’ESPRIT : LE RAPPORT PEUR / RISQUE N’EST PAS PROPORTIONNEL. La plupart de nos peurs concernent des choses qui ne nous sont jamais arrivées, que nous n’avons vues qu’à travers les médias ou nos fantasmes. Nous ne savons donc pas ce que c’est que de vivre une expérience réelle, et nos peurs nous empêchent de le découvrir. PRINCIPE CHAOTIQUE n° X : NOUS AVONS BIEN PLUS À RISQUER QUE NOS VIES. Nos aventures et nos fantasmes sont faits d’un mélange d’excitation et de peur, et les aventures des autres nous effraient souvent davantage que les nôtres, parce qu’ils ont la motivation et nous non — il ne nous reste que la peur. L’un de ceux qui avait refusé de traverser le tunnel fut justement celui qui organisa la manifestation Fur Sale, qui m’a terrifié mais ne l’a pas du tout perturbé. PRINCIPE CHAOTIQUE n° XI : NOUS CROYONS INCONSCIEMMENT AVOIR VÉCU DES CHOSES QUE NOUS N’AVONS QU’OBSERVÉES. NOUS NE LES AVONS PAS VÉCUES. PRINCIPE CHAOTIQUE n° XII : QUAND NOUS METTONS À L’ÉPREUVE NOS PROPRES FANTASMES, NOUS NOUS RENDONS COMPTE QUE NOUS NE SOMMES PAS À LA HAUTEUR — ALORS NOUS NE LES TESTONS PAS.